Interview de Christian Quermalet




Créateur et multi instrumentiste des inclassables Married Monk, Christian Quermalet s'est fait remarquer par le grand public au côté de Yann avec à la fois cette voix profonde et ce don qu'il a lui aussi pour passer si habilement d'un instrument à un autre. Dans sa franchise plus qu'appréciable, il est revenu avec nous sur sa collaboration avec Yann, parlant tour à tour ce que cela a de bon comme de mauvais. L'occasion fût également donnée pour revenir sur des thèmes qui lui sont chers tel que la musique et les images, le public en général, la diversité musicale, ainsi que pour parler de l'album qu'il s'apprête à sortir avec son groupe. D'une discrétion presque désarmante et d'une ouverture d'esprit faisant la part belle à son art, Christian est un personnage à suivre, la preuve ici !

Peux-tu nous raconter la première fois que tu as rencontré Yann ?


Je ne le connaissais pas en fait, je l’ai vu en concert à l’époque du « Phare », je crois, à l’Espace Européen. Après, j’ai parlé un peu avec lui, mais, c’était assez sommaire en fait. Puis, c’est son manager, Charles,  qui m’a appelé, parce qu’il avait envie d’avoir un autre musicien sur scène. Puis, on s’est revus dans son quartier, on a bu un coup ensemble, on a discuté. Il m’a donné ses disques en me disant « Tu fais ce que tu veux ! ». Voilà, c’est parti de là !


Ca a été quoi ta première impression vis-à-vis de Yann, quand tu l’as rencontré, d’un point de vue humain ?


Et bien, je ne sais pas, je l’ai vu sur scène un peu avant, je connaissais de nom parce que j’ai un copain qui avait travaillé avec lui en son, mais je ne voyais pas du tout à quoi ça ressemblait.

Et euh…. Je ne ais pas, il était assez timide quand même, assez « rentré » comme personnage. Il a peut-être un peu changé, je ne sais pas, j’espère. Je n’arrivais pas à lui décrocher un mot. C’était dans un resto, on était assis l’un à côté de l’autre. Et j’étais là à le regarder et à me dire « Putain, mais ? C’est qui ça ??? »


Et maintenant, vous vous entendez, on l’imagine, vachement bien… comment ça a évolué ?


Et bien, ça a évolué : on a fait un paquet de concerts ensembles ! Bon, après, il y a des gens qui font 500 concerts ensembles et qui peuvent pas se voir, ça arrive. Mais non, ça a tout de suite marché humainement, qu’il y ai eu 500 concerts ou 10 en fait ! Après, je ne sais pas si on se serait revus, j’en sais rien.


Et lorsqu’il t’a filé ses albums, ça a été quoi ton impression vis-à-vis de sa musique ?


C’était mitigé, j’aimais pas tout en fait. Moi, j’ai toujours aimé « Le Phare », c’est l’album que je préfère. J’aime tout dans cet album, je ne dirais pas ça forcément des autres albums. Ca me regarde. Sauf peut-être ceux où j’ai participé, il y en a qu’un en plus.


Tu parles de « Tout est calme » ?


Ah ? Oui ! Non, « Tout est calme », c’est autre chose encore. C’est un espèce de truc de mutance, entre deux. Mais, si, le live évidemment, je trouve ça super. En fait, j’ai senti vachement de références au début, dans ce qu’il faisait.  J’ai essayé de lui en parler, je lui ai dit un ou deux noms comme ça. Apparemment, je m’étais trompé !


Quels noms lui avais-tu dis ?


Je lui avais parlé de Wim Mertens. Parce que je connaissais assez bien Wim Mertens et je trouvais qu’il y avait des choses qui se ressemblaient. Ce qui était plutôt honoriphique. Enfin voilà !


Justement, malgré le fait que tu n’aimes pas tous ses morceaux, qu’est-ce qui t’as motivé à accepté de travailler avec lui ?


Je pense de toute façon que c’est le cas de n’importe quel auditeur mis devant un projet, il ne va pas tout aimer forcement. Sinon, si la personne aime tout, c’est rare, ça devient du fanatisme. C'est-à-dire que ça va au-delà de la musique. Moi, j’ai un peu reproché ça à certains concerts de Yann. On a fait des concerts qui étaient vraiment très mauvais, genre un concert à la Route du Rock, il y a deux ans. On est ressorti de scène, on était vraiment, vraiment pas contents. Tout le monde était bourré, on avait joué, c’était l’horreur, l’horreur. Et les gens nous ont dit, « Wahou, génial ! ». Là, tu te dis, « Attends, merde ! A ce moment là, on va jouer bourrés pendant 400 concerts, on va pas se faire chier à répéter ».  Pour répondre à ta question, c’est un tout que j’aimais bien, j’allais pas faire le calcul de tous ses morceaux, faire une moyenne et si j’avais 50% j’y allais ou pas ! C’est un truc de feeling !  J’ai trouvé mon compte quand même artistiquement, à l’aise. Je ne pourrais pas jouer avec Annie Cordy si tu veux, ou Obispo !


Tu as quand même vu quelque chose d’évident dans votre collaboration au départ ! Tu as vu que tu pouvais lui apporter quelque chose ?


Oui, enfin, on a essayé. Je pense qu’au début,  on a fait deux, trois répets dans un studio dans le 20ème. Je pense que lui et moi, on attendait de voir ça sur scène. Ca aurai pû très bien ne pas marcher ! Et puis voilà, ça a marché !


Quand la collaboration a vraiment commencée ?


Elle a commencée dès le début. Dans le sens où j’étais là, j’ai commencé en août 98, donc ça fait 5 ans ! C’est venu vite quoi,  la tournée est vite arrivée, en septembre, on jouait un jour sur trois.


Il devait y avoir pas mal de point humains sur lesquels vous vous étiez retrouvés, non ?


Ah si ! Si, si, si, c’était ça le plus fort d’ailleurs. On était trois à l’époque sur scène. Il y avait Yann, Claire et moi. Et, c’était pas pareil. C’était pas pareil que cette tournée où on était dix ou plus.


Et tu as une préférence toi ?


J’aime bien, il y a des choses supers dans les deux. Non, je n’ai pas de préférence.


Justement, toi qui le connaissais depuis longtemps quand c’est arrivé, comment as-tu réagi lorsque tu as vu l’ampleur que prenait son succès ?


Je ne sais pas…. Tu veux dire avec le film ? Et bien, c’est mieux que ça arrive à ce genre de personnage qu’à quelqu’un que j’aime pas quoi !

C’est clair !


D’un point de vue humain, tu n’as pas pensé qu’il aurait pû changer, péter un plomb ?


Non, parce que je pense que s’il devait péter les plombs, il les péterait qu’il marche ou pas, et vice versa. Je ne pense pas que ça ai d’influence là-dessus.


Du point de vue de la tournée, qui s’occupait des arrangements ? Est-ce que comme tous les autres, il te laissait libre, ou il te guidait ?


Ah non, tout ce qu’on fait sur scène, c’est nous qui le faisons. Il n’y a que les cordes qui sont écrites je crois. Et les ondes Martenots… et encore… Elle, je pense qu’elle est assez libre….. même les cordes parfois, ils s’autorisent des variantes. Heureusement ! Bah oui, parce que ce n’est pas d’une complexité incroyable. Eux, le disque, je l’entend, mais, je n’arrive pas à savoir s’il est dur à jouer… Mais apparemment, non, c’est assez pépère.


Comment as-tu fais pour gérer toutes les collaborations qui ont commencées à venir petit à petit ? Aussi bien d’un point de vue humain que musical ?


Là, c’est encore un coup de chance, parce que les gens qui sont venus sur le groupe, Christine et les quatre cordes, c’est des gens super ouverts d’une part, et puis assez bons vivants ! Et puis voilà, ça a donné un coup de fouet au projet. C’était des sacrés gaillards !


Et musicalement ? Pour garder ton style tout en te mélangeant avec celui de autres ?


Je pense que c’est pas pour moi que ça a été le plus difficile. C’est peut-être plutôt pour un type comme Marc. Lui, c’est un mec sans concession. Là, il fait du « mini Marc Sens » avec Yann, c'est-à-dire que son ampli, il le met à 2 au lieu de le mettre à 10 quoi !

Mais c’est pas qualitatif, c’est en quantité de décibel de quoi je parle !


Pour les impros ça se passait comment ?


Comme une impro !


Il y avait quelqu’un de particulier qui lançait une idée ?


Ca dépend ! C’est chacun son tour ! En général, ça se passait entre Marc, Yann et moi, pour lancer un « thème ». Mais ça variait en fait ! Il n’y avait pas de règles. Il y en a qui étaient vraiment pourries des impro, le mayo prenait pas, et d’autres qui étaient mieux. On en a faite une seule je crois, qui était vraiment bien. C’était en Pologne, à Varsovie.


De travailler avec tous ces gens d’horizons si differents, ça ne t’a pas donner envie de connaître plus de choses ?


J’étais déjà là-dedans avant !


Est-ce que tu penses qu’il y ai des gens qui, suite aux concerts de Yann et de t’avoir vu sur scène, aient eu envie d’écouter ta musique, ou est-ce que tu penses que c’est vraiment un tout, que les gens ne sont pas capables de dissocier ?


Ca dépend lesquels. T’as des gens qui connaissaient ce qu’on faisait avec le groupe avant, qui restaient assez insensibles à certaines choses, notamment la voix, et pour qui il suffisait que je chante un morceau de Neil Hannon pour qu’ils soient à genoux, pour que ça soit génial.


Qu’as-tu gardé de toutes ces collaborations, d’un point de vue humain ?


Je ne sais pas….. Le fait que, par exemple, il y ai des relations qui durent. Genre, avec les Married Monk, on enregistre en ce moment et c’est le quatuor qui est venu faire trois morceaux. Et ils sont venus comme ça quoi ! Ils ne demandent pas à être payés… Et puis, on est beaucoup en relation. Moi, je suis en relation avec Renaud. Et puis voilà, c’est un truc qui roule, c’est assez naturel en fait. J’ai pas forcément d’anecdote comme ça à raconter, parce qu’il y en a trop, mais c’est un truc qui dure. C’est pas juste des musiciens de tournée qui font un truc et qui après ne se voient plus.


Il n’y a pas eu de moments où tu en avais marre, où tu voulais quitter les tournées ?


Si, si !


Ca t’arrivait souvent ?


Généralement, ça arrive au bout d’une série de dates ou t’en a vraiment plein le cul. T’es dans le tourbus, et puis…. Je sais pas, c’est une bulle quoi ! Tu deviens complètement débile, tu ne fais rien, tu ne lis plus, tu ne fais plus rien quoi ! Là tu te dis que, ça te prends trois jours pour redevenir normal quand tu rentres chez toi après, alors des fois, t’as envie de faire un break quoi ! C’est tout ! Mais, c’était des raisons qui n’étaient pas musicales, parce que tout le musical, il est rodé au bout de 40 concerts, t’y fait plus gaffe. C’est surtout tout ce qui était autour. Après, il suffit que deux, trois jours après, il se passe un super concert, et là, tu te remets dedans. Mais, c’est pour tout le monde pareil, je pense.


Et ce qui t’as permit de ne pas abandonner, c’est justement le fait de faire des bons concerts ?


C’est parce qu’il faut être pro ! Tu fais ton métier et voilà ! Ta tournée, tu la fais quoi.


Là, Yann, s’il te propose de retravailler avec lui, tu acceptes tout de suite ?


Non, enfin, sur le papier, oui, mais je veux d’abord que ça me plaise aussi ! S’il me fait écouter des choses que j’aime pas, je ne le ferai pas. Voilà. Moi, il m’a demandé de jouer sur des morceaux des fois, qui me branchaient moyen, je ne l’ai pas fait. Voilà.


Et il le comprenait bien ce genre de choses ?


J’espère oui, sinon c’est grave !


Y a-t-il des gens sur la tournée avec qui tu as eu envie de travailler par la suite, et avec lesquels tu n’aurais pas songé à travailler avant ?


Là, j’ai retravaillé avec les cordes, parce que c’est vraiment des mecs supers…


Avec David aussi, non ?


Non, je n’ai pas travaillé avec David ! Ah, si, en studio !!! J’ai fait quelques batteries oui, j’en refais une la semaine prochaine d’ailleurs !

Disons que je n’avais pas trop le temps, on vient de finir d’enregistrer l’album des Married Monk,  mais je n’ai pas trop de temps pour m’occuper de son projet, il faisait ça avec Yann, et puis voilà quoi. Moi, j’avais d’autres boulots à côté.


Qu’est-ce qui vous a amenés à faire ces morceaux ensembles, avec David ?


C’est pas un morceau qu’on a fait ensemble, il avait besoin d’un mec qui savait jouer de la batterie. Ca aurai pu être un autre mec qui passait par là, c’est tout.


Maintenant, c’est la partie de l’interview sur toi et le groupe !

Peux-tu nous raconter ton parcours musical ?


J’ai commencé la musique à 6 ans. J’ai fais un peu de solfège, j’ai fais 11 ans de piano classique, jusqu’à l’adolescence, ou ça a commencé à bien me gonfler ! Je préférais aller jouer au foot ! Enfin, c’est classique quoi !


Un peu comme Yann quoi !


Enfin, il a pas fait de foot lui ! Mais oui, je comprends !! Et puis après, c’était classique. J’étais donc à Cherbourg, via les beaux arts, j’ai rencontré des gens qui s’appelaient « Les Tétines Noires »,qui était un groupe suivant un truc un peu « concert, performances, happening », tout ça quoi, vachement basé là-dessus. Donc ça, ça m’a permis de commencer à faire des concerts vers 18, 19 ans. Et puis, c’était tellement le bordel sur scène que ça désinhibe beaucoup, tu es moins bloqué après par rapport à la scène. Donc c’était super de faire ça, une bonne expérience. Je suis resté quatre ans là-dedans. Après, je suis allé à Rennes, j’ai joué dans un truc qui s’appelait « Swam Julian Swam », c’était un groupe de pop.


Philipe Lebruman faisait partie de ce groupe, mais, faisait-il parti des « Tétines Noires » ?


Non, non, je le connaissais depuis longtemps parce qu’il est Cherbourgeois aussi. Non, je ne sais plus ou je l’ai connu lui en plus….  Peut-être qu’il venait voir des concerts des « Tétines Noires » ! Et puis, il y avait un type qui s’appelait Franck aussi, Franck Dorange, il était dans « Swam Julian Swam » et dans la première formation des « Married Monk ». Donc après, je suis parti en Angleterre, et c’est là que j’ai commencé à écrire le projet des « Married Monk » en fait.



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